Pour nous, l’éducation est ce qui nous permet de transmettre des savoirs, des compétences, des valeurs et de les faire évoluer vers un mode plus conscient, ouvert, responsable et joyeux.
La classe 6-12 est un espace d’exploration et de développement pour les enfants de leur rapport à eux-mêmes, à l’autre et au monde. La confiance est au centre de la pratique, la conscience un axe de développement pour une vie collective harmonieuse.
Intention : Il s’agit de créer dans la classe, avec les enfants, une ambiance apaisée et accueillant la concentration, stimulant la créativité et l’exploration de soi, des autres et de son environnement. L’espace 6/12 est une plateforme, une base commune à l’exploration. L’intention est de donner au sein de la plateforme des outils et des repères ; parmi lesquels, des coins permanents, des temps rituels, du matériel Montessori… la classe n’est ici pas une fin en soi ! Cette plateforme est un outil d’accueil des enfants, des parents, des idées, des invités ; un lieu d’échanges sécurisant.
L’objectif est bien de favoriser le développement des enfants dans un environnement vivant soutenant le travail coopératif et l’autonomie : permettre aux enfants de prendre en main le temps, d’avoir prise sur leurs actions, leurs explorations et leurs apprentissages. Pour cela, le jeu* y a une place centrale en tant que besoin et moyen naturel de développement pour l’enfant.
Soutenir le goût de l’effort et du travail… parce qu’il fait sens
On appelle « travail » tout ce qui relève d’une démarche visant à une évolution consciente (on travaille son geste dans le sport, on travaille son art ; certains travaillent même sur eux… !). Pour vivre ensemble, les enfants doivent se considérer et se prendre en compte. Il s’agit aussi de pouvoir aboutir lorsque l’on se lance dans un projet. Rester en jeu et aboutir demandent de fait énormément d’efforts, et le fait de pouvoir les vivre donne des références et des compétences fortes en ce sens. Un peu comme lorsque nous mobilisons notre corps pour jouer, danser, marcher nous augmentons notre endurance…
Le travail fait sens lorsque nos actions se focalisent et prennent en compte des attentes et normes sociales, le travail est une conséquence et une étape de développement. Il s’agit ici de permettre aux enfants de s’approprier à leur échelle cette valeur.
Maria Montessori nous invite à « laisser jaillir la fontaine qu’est l’enfant », et il convient de nous préparer à voir des enfants nous éclabousser…
*Le jeu englobe ici toute activité se suffisant à elle-même, le jeu est un état d’esprit, une mise en action au présent de tout ce qui constitue la vie de l’enfant.
Les apprentissages :
Il s’agit de permettre aux enfants et aux parents de se situer dans un cercle vertueux reliant soi, les autres et le contexte :
– Soi : qui suis-je ? qu’est-ce que je veux ? Comment je fonctionne ?
– Les autres : qu’est-ce qui nous différencie et nous rapproche ? Que peut-on faire ensemble ?
– Le contexte : comment marche ce monde ?
Ce cercle lancé, il permet d’évoluer en confiance et conscience sur tous ces plans en les vivant concrètement…Les apprentissages regroupent les nouvelles données et références acquises ainsi que le processus d’acquisition.
L’intention est ici de rendre l’apprentissage reproductible en autonomie.
Les domaines d’apprentissage :
Tout ce qui suit prend en compte le fait que nous avons des modes de compréhension et d’action très divers les uns des autres (intelligences multiples). De plus, la transversalité des apprentissages est quelque chose de naturel. Lorsque nous apprenons avec plaisir, nous nous ouvrons et en étant plus ouverts, nous sommes d’autant plus réceptifs à ce qui peut faire du lien : si je suis heureux d’apprendre à lire, toute opportunité de lecture sera un cadeau.
Vivre ensemble et s’exprimer : vivre en groupe dans une intention de liberté et d’épanouissement personnel nécessite l’apprentissage et la pratique de codes et de modes de communication. S’exprimer, c’est découvrir ce que l’on veut, ce que l’on pense et pouvoir le faire comprendre tout en conservant le pouvoir d’évoluer et de s’adapter. Cette souplesse n’est possible que dans le cadre d’une approche bienveillante.
Les sciences humaines : ces sciences nous donnent à voir notre condition, à lire notre environnement et influer sur lui. Elles sont un lien avec ce qui nous influence socialement en même temps qu’un outil d’influence sur notre monde social et physique. La philosophie, la sociologie, la psychologie, l’histoire, la géographie sont intimement liées et donnent du relief, de la densité, de la complexité à nos actions et influences.
Les mathématiques : les mathématiques servent à dénombrer, mesurer et prédire. Elles génèrent une approche quantifiable du monde en même temps qu’elles en sont l’émanation ; elles sont aussi une des portes vers la généralisation et l’abstraction.
Les langues : les langues expriment une vision du monde. La manière de nommer et de formuler constitue déjà un point de vue sur la réalité. Une langue est une histoire vivante liée à un territoire. Une langue vit aussi avec ses codes et ses règles, elle a pour vocation de pouvoir raconter, de permettre la créativité imaginaire et collective, de se faire comprendre au mieux. L’oralité se doit d’être complexe et la richesse du vocabulaire permet une ouverture du champ de l’expression et de la compréhension.
La communication écrite est ce qui permet aux civilisations de perdurer, car elle donne le pouvoir de dialoguer avec les hommes du passé et de l’avenir (au même titre que le cinéma et les arts en général). Si un environnement riche en écrits et en opportunités de lecture permet d’avancer dans ces compétences, il est aussi nécessaire d’en apprivoiser les codes par une pratique guidée…
Les arts : exprimer avec ou sans mot, combiner des matières et des couleurs, avoir une influence sensible sur la matière et le monde, partager un point de vue, une émotion… Ce domaine d’apprentissage passe par la transmission et le partage de techniques en même temps que par la multiplication des opportunités de pratique.
Une journée…
8h30-9h : Arrivée échelonnée et accueil individualisé.
9h30 : Vie de la classe et des espaces.
Des présentations individuelles et collectives, du travail individuel, des projets.
12h00 : Repas
12h30/45 : Sortie ou activités
14h/16h : Vie de la classe et des espaces
16h : Rangement
16h30 : Début du temps périscolaire, goûter
Les présentations :
Des présentations sont faites autour d’éléments du programme, d’autres autour de thématiques d’opportunité. Elles sont des rendez-vous animés dans une pédagogie active, avec une transmission orale, visuelle, sensorielle.
Ces présentations peuvent parfois prendre l’allure de cours individuels et/ou collectifs. Soit elles sont annoncées via un emploi du temps de la classe, soit elles ont lieu sur demande, ou à l’initiative d’un éducateur qui en fait la proposition individuellement.
La libre circulation :
Les enfants sont libres de circuler dans les espaces dans la mesure où leur usage et les règles collectives sont respectées.
Vie collective :
Les règles collectives sont un processus vivant, un dialogue entre les champs de l’action et de la responsabilité. Les règles viennent normer et coder les relations, elles doivent donc être minimales, justes et claires. Les règles sont co-construites avec les enfants, l’équipe et parfois les familles.
Il y a 2 règles non négociables:
-Respecter les autres et le matériel.
-Respecter le calme dans l’espace de concentration.
Mécanismes de régulation de la vie collective :
Réunion du Conseil: une boîte à mots est installée dans la classe. Les mots placés dans cette boîte constituent l’ordre du jour du Conseil du vendredi qui est un moment de bilan, de projection, d’expression…
L’essentiel des apprentissages de la vie collective se fait par sa pratique. Un mode de communication basé sur le message « je » est développé, la médiation entre pairs stimulée. Les 6/12 forment un groupe hétérogène dans le sens où l’appétit de relations sociales est très divers, des plus jeunes sortant à peine de leur égocentrisme aux plus âgés entrant dans une phase d’exploration profonde de l’altérité.
En cas de tensions, un processus est proposé aux enfants dans le but de leur permettre d’acquérir de l’autonomie dans la gestion de leurs relations, ce qui suppose clarté, soutien et sens des responsabilités :
En cas de difficultés, des étapes incontournables sont prévues.
Voici ce qui se passe :
1/ Les enfants tentent de réguler leurs conflits entre eux en exprimant directement leurs émotions et ressentis
2/ Ils font appel à un adulte pour les soutenir dans la médiation en cas de difficulté
3/ Le groupe peut être impliqué si la tension concerne plusieurs personnes
4/ En cas d’impasse au sein de la classe, les parents sont appelés à soutenir l’équipe via le processus annoncé dans le règlement intérieur.
Les conflits
Les conflits sont l’occasion de pouvoir mesurer sa place dans la relation à soi, aux autres et au monde.
En cas de conflit, c’est à dire d’écart entre ce que je souhaite et ce qui est, nous avons trois leviers d’action :
1/ On peut agir sur soi, en faisant évoluer notre expression, notre point de vue…
2/ On peut agir sur l’environnement, en aménageant les lieux et le temps différemment
3/ On peut agir sur l’autre en jouant sur sa perspective et sur ses comportements
La justesse dans ces rapports est liée à la santé du groupe, et l’adulte reste vigilant à ce que la sécurité et l’intégrité de chacun soit assurée. Le conflit fait partie du processus d’apprentissage et d’adaptation.
Définition des objectifs avec les parents
Le Plan de Travail Personnalisé PTP. Pour cet outil, en concertation avec l’enfant, les parents et l’équipe, nous posons des objectifs, des visées d’apprentissage et de développement. Cette concertation n’a pas pour but de répondre aux inquiétudes de chacun, elle est focalisée sur les besoins et demandera à chacun de se positionner clairement dans une intention de partenariat. Cet outil ne peut être exhaustif et ne représente pas une commande faite par la famille à l’école ! Ce PTP est ensuite un document de référence pour évaluer l’évolution de l’enfant, des parents et de l’équipe.
L’évaluation peut dépasser aussi ce qui a été défini dans les objectifs. L’évaluation est un moment de rencontre qui permet d’aborder qualitativement ce qui fait la vie de l’enfant. Parfois, une évaluation sous forme de test est envisagée mais uniquement comme un outil de mesure d’avancement par rapport à un « objectif », jamais comme support à une approche de classement et de compétition…
 Le suivi des enfants :
Il est basé sur la qualité d’écoute et d’observation : pour accompagner les enfants vers l’autonomie, un suivi rassurant sans être étouffant ou excluant est à mettre en place. Il s’agit de connaître les enfants et de les respecter. Pour les connaître, il faut partager des moments avec eux, repérer leurs habitudes, savoir lire leur comportement, parvenir à une relation où la franchise est possible et normale.
Pour les éducateurs, il s’agit d’être conscient de soi et de sa pratique, d’être cohérent sans chercher à manipuler, en restant à l’écoute des volontés et du refus des enfants.
Le suivi est un dialogue vivant, il amène à échanger au sein de l’équipe pour comprendre, avec les parents. Cela amène aussi à prendre des notes, à être à la fois dans le groupe et en dehors pour pouvoir voir et sentir ce que vivent les enfants et pouvoir être juste et réactif.
Formellement, le suivi des apprentissages se traduit par la tenue d’un classeur dans lequel sont consignés les objectifs des enfants et des familles ; de plus, des tests sur les objectifs de compétences seront proposés pour donner une traçabilité : ce ne sont pas des examens, et les enfants ne doivent pas voir cela comme un contrôle évaluant leurs capacités. Ces test permettent un regard objectif sur l’évolution des apprentissages. Le temps de l’apprentissage pour l’enfant est fortement corrélé avec sa motivation et le sens qu’il y donne et nous devons donc éviter que le processus d’évaluation ne le contrarie.
Implication des parents :
Les parents interviennent à différents niveaux dans ce projet :
– Mise en place du PTP et suivi de l’évaluation en lien avec l’éducateur et l’enfant.
– Ateliers proposés à l’initiative des parents.
– Accompagnement lors des sorties, ou en classe, pour soutenir les enfants dans leurs projets.  Aussi, les enfants auront une liste de personnes à contacter susceptibles de les accompagner (un annuaire avec des horaires sera mis à disposition des enfants dans l’espace dédié aux sorties).
– Participation aux pôles de gestion de l’école.
– Des réunions régulières (soirées pédagogiques) autour de questions éducation…
La relation entre les familles et l’école est notamment faite des liens avec l’équipe éducative, les autres parents, les enfants… Un équilibre est à créer autour de ces multiples aspects.
Démarche éducative et temporalité :
Trouver le temps juste pour intervenir « de manière éducative » est l’enjeu central de cette démarche qui vise à transmettre sans contraindre, ou plutôt à ne pas contraindre simplement pour transmettre. Le temps de l’apprentissage durable et conscient n’est pas celui du calendrier scolaire dictée par la pression du résultat. Choisir une école alternative comme celle-ci, c’est aussi faire l’expérience du temps de l’enfant (un temps fait de grands moments de concentration et de grands moments d’explosion, de convergences et de divergences) et qui respecte ses rythmes personnels (émotionnels, cognitifs, psychologiques, biologiques).
Conclusion
La transmission est un processus dont les enfants doivent être acteurs à leur manière pour pouvoir explorer et apprendre selon des schémas adaptés au monde d’aujourd’hui et de demain. Un monde où il faudra développer de nouvelles manières de vivre, de consommer, de décider, d’interagir. Qui peut aujourd’hui savoir quelles capacités seront nécessaires aux adultes de demain ? Et si les enfants dans leurs comportements nous exprimaient une partie de la réponse ? Il s’agit d’une démarche vers l’équilibre, entre la reconnaissance de ce qui est et la transmission de ce qui a été.