Télécharger le projet pédagogique en pdf (mise à jour : 2 octobre 2019)

Introduction

L’école Etre & Savoir est un lieu de vie et d’apprentissage accueillant des enfants de 3 à 15 ans et leurs familles. Basant son approche éducative sur les pédagogies actives, la structure offre un espace, un contexte permettant à chacun d’être soutenu dans sa démarche d’apprentissages, qu’ils soient formels ou informels.

Les enfants et les familles y sont invités à jouer, réfléchir, travailler, apprendre, partager… voire tout en même temps, dans un lieu aménagé où la circulation est libre ; autour d’un emploi du temps non obligatoire structurant les journées de celles et ceux qui en ont besoin ; au sein d’une communauté éducative où enfants, parents et éducateurs ont leur rôle à jouer.

Notre accueil est intergénérationnel, nous avons fait le choix d’accueillir ensemble des enfants de tous âges avec des besoins différents. Ces différences d’appétences, de développement, de centres d’intérêt sont autant d’opportunités d’apprentissage. Notre garantie est que chacun des enfants accepté à l’école est accompagné pour répondre à ses besoins physiologiques, psychologiques et affectifs. 

Pour nous, l’éducation est ce qui nous permet de transmettre des savoirs, des compétences, des valeurs et de les faire évoluer vers un mode plus conscient, ouvert, responsable et joyeux.

Etre et Savoir est pour les enfants un espace d’exploration et de développement de leur rapport à eux-mêmes, à l’autre et au monde. La confiance est au centre de la pratique, la conscience un axe de développement pour une vie collective harmonieuse.

Intention

Il s’agit de créer dans l’école, avec les enfants et les familles une ambiance apaisée et accueillant la concentration, stimulant la créativité et l’exploration de soi, des autres et de son environnement. L’école est une base commune à l’exploration. Nous entendons offrir au sein de notre structure des outils et des repères, parmi lesquels des coins permanents, des temps rituels, du matériel Montessori… l’école n’est pas une fin en soi ! Elle est un outil d’accueil des enfants, des parents, des idées, des invités ; un lieu d’échanges sécurisant.

L’objectif est bien de favoriser le développement des enfants dans un environnement vivant soutenant le travail coopératif et l’autonomie : permettre aux enfants de prendre en main le temps, d’avoir prise sur leurs actions, leurs explorations et leurs apprentissages. Pour cela, le jeu* y a une place centrale en tant que besoin et moyen naturel de développement pour l’enfant.

*Le jeu englobe ici toute activité se suffisant à elle-même, le jeu est un état d’esprit, une mise en action au présent de tout ce qui constitue la vie de l’enfant.

Soutenir le goût de l’effort et du travail… parce qu’il fait sens

On appelle « travail » tout ce qui relève d’une démarche visant à une évolution consciente (on travaille son geste dans le sport, on travaille son art ; certains travaillent même sur eux…!). Pour vivre ensemble, les enfants doivent se considérer et se prendre en compte. Il s’agit aussi de pouvoir aboutir lorsque l’on se lance dans un projet. Rester en jeu et aboutir demandent énormément d’efforts, et le fait de pouvoir les vivre donne des références et des compétences fortes en ce sens. Un peu comme lorsque nous mobilisons notre corps pour jouer, danser, marcher, progressivement nous augmentons notre endurance…

Le travail fait sens lorsque nos actions se focalisent et prennent en compte des attentes et normes sociales ; le travail est une conséquence et une étape de développement. Il s’agit ici de permettre aux enfants de s’approprier, à leur échelle, cette valeur.

Maria Montessori nous invite à « laisser jaillir la fontaine qu’est l’enfant », et il convient de nous préparer à voir des enfants nous éclabousser…

Les apprentissages

Il s’agit de permettre aux enfants et aux parents de se situer dans un cercle vertueux reliant soi, les autres et le contexte :

  • Soi : qui suis-je ? qu’est-ce que je veux ? Comment est-ce que je fonctionne ?
  • Les autres : qu’est-ce qui nous différencie et nous rapproche ? Que peut-on faire ensemble ?
  • Le contexte : comment marche ce monde ?

Ce cercle lancé, il permet d’évoluer en confiance et conscience sur tous ces plans en les vivant concrètement… Les apprentissages regroupent les nouvelles données et références acquises ainsi que le processus d’acquisition.

L’intention est ici de rendre l’apprentissage reproductible en autonomie. Pour cela nous avons une organisation dans l’espace avec des coins aménagés, et une organisation du temps avec des ateliers et des cours ouverts à tout le monde.

Les domaines d’apprentissage

Tout ce qui suit prend en compte le fait que nous avons des modes de compréhension et d’action très divers les uns des autres (intelligences multiples). De plus, la transversalité des apprentissages est quelque chose de naturel. Lorsque nous apprenons avec plaisir, nous nous ouvrons et en étant plus ouverts, nous sommes d’autant plus réceptifs à ce qui peut faire du lien : si je suis heureux d’apprendre à lire, toute opportunité de lecture sera un cadeau.

Vivre ensemble et s’exprimer : vivre en groupe dans une intention de liberté et d’épanouissement personnel nécessite l’apprentissage et la pratique de codes et de modes de communication. S’exprimer, c’est découvrir ce que l’on veut, ce que l’on pense et pouvoir le faire comprendre… tout en conservant le pouvoir d’évoluer et de s’adapter. Cette souplesse n’est possible que dans le cadre d’une approche bienveillante qui permettra à chacun de pouvoir évoluer en évitant les jugements.

Les sciences humaines : ces sciences nous donnent à voir notre condition, à lire notre environnement et influer sur lui. Elles sont un lien avec ce qui nous influence socialement en même temps qu’un outil d’influence sur notre monde social et physique. La philosophie, la sociologie, la psychologie, l’histoire, la géographie sont intimement liées et donnent du relief, de la densité, de la complexité à nos actions et influences.

Les mathématiques : les mathématiques servent à dénombrer, mesurer et prédire. Elles génèrent une approche quantifiable du monde en même temps qu’elles en sont l’émanation ; elles sont aussi une des portes vers la généralisation et l’abstraction.

Les langues : les langues expriment une vision du monde. La manière de nommer et de formuler constitue déjà un point de vue sur la réalité. Une langue est une histoire vivante liée à un territoire. Une langue vit aussi avec ses codes et ses règles, elle a pour vocation de pouvoir raconter, de permettre la créativité imaginaire et collective, de se faire comprendre au mieux. L’oralité se doit d’être complexe et la richesse du vocabulaire permet une ouverture du champ de l’expression et de la compréhension.

La communication écrite est ce qui permet aux civilisations de perdurer, car elle donne le pouvoir de dialoguer avec les hommes du passé et de l’avenir (au même titre que le cinéma et les arts en général). Si un environnement riche en écrits et en opportunités de lecture permet d’avancer dans ces compétences, il est aussi nécessaire d’en apprivoiser les codes par une pratique guidée…

Les arts : exprimer avec ou sans mots, combiner des matières et des couleurs, avoir une influence sensible sur la matière et le monde, partager un point de vue, une émotion… Ce domaine d’apprentissage passe par la transmission et le partage de techniques en même temps que par la multiplication des opportunités de pratique.

La nature : comprendre, préserver, vivre la nature ne se décrète pas non plus, cela suppose de multiplier les expériences de nature. Pour cela, nous sortons chaque midi au parc afin de pouvoir explorer nos capacités physiques autour de jeux libres ou réglés. De plus, chaque jeudi nous passons l’après-midi en forêt pour faire des cabanes, observer les plantes et les animaux, vivre des activités de plein air. Une fois par mois, c’est une journée entière que nous passons dehors.

De plus, nous organisons des classes vertes qui nous amènent à vivre avec les enfants des expériences de voyage et de gestion de la vie collective dans de nouveaux espaces de nature.

Les présentations

Elles sont contenues dans un emploi du temps accessible et mobilisable. La participation est libre, elle peut aussi faire l’objet d’un choix de l’enfant et des familles puisque les enfants qui le souhaitent ont leur propre emploi du temps.

Des présentations sont faites autour d’éléments du socle commun, d’autres autour de thématiques d’opportunité. Elles sont des rendez-vous animés dans une pédagogie active, avec une transmission orale, visuelle, sensorielle.

Ces présentations peuvent parfois prendre l’allure de cours individuels et/ou collectifs. Elles ont lieu soit via un emploi du temps de la classe, soit sur demande, soit à l’initiative d’un éducateur qui en fait la proposition individuellement.

Vie collective

Les règles collectives sont un processus vivant, un dialogue entre les champs de l’action et de la responsabilité. Les règles viennent normer et coder les relations, elles doivent donc être minimales, justes et claires. Les règles sont co-construites avec les enfants, l’équipe et parfois les familles.

Il y a 4 règles non négociables :

  • Respecter les autres et le matériel.
  • Ne pas courir ni crier à l’intérieur.
  • A partir de 6 ans, on a droit à 20 minutes d’écran par jour.
  • Retirer ses chaussures en entrant.
Mécanismes de régulation et d’animation de la vie collective

Réunion du Conseil : une boîte à mots est installée dans l’école. Les mots placés dans cette boîte constituent l’ordre du jour du Conseil du vendredi qui est un moment de bilan, de projection, d’expression…

L’essentiel des apprentissages de la vie collective se fait par sa pratique. Un mode de communication basé sur le message « je » est développé, la médiation entre pairs stimulée. Les enfants forment un groupe hétérogène dans le sens où l’appétit de relations sociales est très divers, des plus jeunes découvrant le collectif, aux plus âgés entrant dans une phase d’exploration profonde de l’altérité.

En cas de tensions, un processus est proposé aux enfants dans le but de leur permettre d’acquérir de l’autonomie dans la gestion de leurs relations, ce qui suppose clarté, soutien et sens des responsabilités.

En cas de difficultés, des étapes incontournables sont prévues.

Voici ce qui se passe :

  1. Les enfants tentent de réguler leurs conflits entre eux en exprimant directement leurs émotions et ressentis.
  2. Ils font appel à un adulte pour les soutenir dans la médiation en cas de difficulté.
  3. Le groupe peut être impliqué si la tension concerne plusieurs personnes.
  4. En cas d’impasse au sein de la classe, les parents sont appelés à soutenir l’équipe via le processus annoncé dans le règlement intérieur.
Les conflits

Les conflits sont l’occasion de pouvoir mesurer sa place dans la relation à soi, aux autres et au monde.

En cas de conflit, c’est à dire d’écart entre ce que je souhaite et ce qui est, j’ai trois leviers d’action :

  1. Je peux agir sur moi, en faisant évoluer mon expression, mon point de vue…
  2. Je peux agir sur l’environnement, en aménageant les lieux et le temps différemment.
  3. Je peux agir sur l’autre en jouant sur sa perspective et sur ses comportements.

La justesse dans ces rapports est liée à la santé du groupe, et l’adulte reste vigilant à ce que la sécurité et l’intégrité de chacun soit assurée. Le conflit fait partie du processus d’apprentissage et d’adaptation.

Définition des objectifs avec les parents

L’emploi du temps personnalisé. Pour cet outil, en concertation avec l’enfant, les parents et l’équipe, nous posons des objectifs, des visées d’apprentissage et de développement. Cette concertation n’a pas pour but de répondre aux inquiétudes de chacun, elle est focalisée sur les besoins et demandera à chacun de se positionner clairement dans une intention de partenariat. Cet outil ne peut être exhaustif et ne représente pas une commande faite par la famille à l’école ! Il représente une organisation du temps sur mesure pour que les enfants et les adultes puissent suivre une forme de stratégie éducative concertée.

L’évaluation est un moment de rencontre qui permet d’aborder qualitativement ce qui fait la vie de l’enfant. Parfois, une évaluation sous forme de test est envisagée mais uniquement comme un outil de mesure d’avancement par rapport à un « objectif », jamais comme support à une approche de classement et de compétition… Pour cela, nous utilisons des tests produits par l’institution scolaire, ou encore des outils tels que PIDAPI. L’évaluation peut aussi dépasser ce qui a été défini dans les objectifs.

Le suivi des enfants

Il est basé sur la qualité d’écoute et d’observation : pour accompagner les enfants vers l’autonomie, un suivi rassurant sans être étouffant ou excluant est à mettre en place. Il s’agit de connaître les enfants et de les respecter. Pour les connaître, il faut partager des moments avec eux, repérer leurs habitudes, savoir lire leur comportement, parvenir à une relation où la franchise est possible et normale.

Pour les éducateurs, il s’agit d’être conscient de soi et de sa pratique, d’être cohérent sans chercher à manipuler, en restant à l’écoute des volontés et du refus des enfants.

Le suivi est un dialogue vivant, il amène à échanger au sein de l’équipe pour comprendre ce qui se passe pour les enfants, avec les parents. Cela amène aussi à prendre des notes, à être à la fois dans le groupe et en dehors pour pouvoir être juste et réactif.

Implication des parents

Au sein de l’école Être et Savoir, nous cherchons à faire vivre une communauté éducative. Les familles sont celles pour qui ce projet se développe et évolue. Faire communauté c’est se donner les moyens de collaborer et d’échanger sur ce que nous estimons être bon pour les enfants; non en décidant à leur place, mais en les invitant à participer aux décisions. Formellement, les parents interviennent à différents niveaux dans ce projet :

Lors des rendez-vous individuels à chaque période : les parents sont reçus par l’adulte référent de leur enfant pour un entretien d’une demi-heure auquel l’enfant est convié. Lors de cette rencontre :

  • nous faisons le point sur ce qui s’est passé à l’école, ce que l’enfant a vécu, ce que les parents en pensent, ce qui se passe de notable à la maison, et ce que le membre de l’équipe pédagogique a vu ou noté.
  • si cela est pertinent, nous parlons des objectifs visés et de leur évaluation.
  • un emploi du temps, de nouveaux objectifs peuvent être décidés.

Dans tous les cas, c’est bien la recherche d’équilibre qui est visée, et les enfants ne sont pas forcés à faire quoi que ce soit : ils sont engagés à prendre en compte différents points de vue sur leur parcours éducatif.

Visites à l’école : sur simple demande, les parents peuvent venir passer du temps à l’école, ils y sont les bienvenus !

Ateliers proposés à l’initiative des parents : Les parents savent faire de nombreuses choses. En les invitant à l’école, nous avons l’occasion d’accueillir plus de compétences et de donner plus de perspectives aux enfants. De plus, en partageant les missions éducatives au sein de la structure, nous montrons aux enfants que nous pouvons collaborer entre adultes en nous mettant au service d’un collectif. 

Accompagnement lors des sorties méridiennes, à la journée, ou des temps périscolaires

Participation à la gestion de l’école et à la vie associative

Des réunions régulières (soirées pédagogiques) autour de questions d’éducation…

Démarche éducative et temporalité

Trouver le temps juste pour intervenir « de manière éducative » est un enjeu central de cette démarche qui vise à transmettre sans contraindre, ou plutôt à ne pas contraindre simplement pour transmettre. Le temps de l’apprentissage durable et conscient n’est pas celui du calendrier scolaire dicté par la pression du résultat. Choisir une école alternative comme celle-ci, c’est aussi faire l’expérience du temps de l’enfant (un temps fait de grands moments de concentration et de grands moments d’explosion, de convergences et de divergences) et qui respecte ses rythmes personnels (émotionnels, cognitifs, psychologiques, biologiques). C’est aussi partager avec les enfants les questions de stratégies éducatives et de priorisation des apprentissages. 

Un enjeu fort de notre école est bien celui de donner aux enfants le maximum de chances de pouvoir prendre en main leur vie personnelle dans un esprit de coopération et de respect ; nous essayons pour cela d’offrir un environnement fonctionnant sur ces valeurs.

Conclusion

La transmission est un processus dont les enfants doivent être acteurs à leur manière pour pouvoir explorer et apprendre selon des schémas adaptés au monde d’aujourd’hui et de demain. Un monde où il faudra développer de nouvelles manières de vivre, de consommer, de décider, d’interagir. Qui peut aujourd’hui savoir quelles capacités seront nécessaires aux adultes de demain ? Et si les enfants, dans leurs comportements, nous exprimaient une partie de la réponse ? Nous visons avec cette école à donner à vivre un rapport à soi, aux autres et au monde qui donne des outils par l’expérience aux enfants et aux familles. Des outils utiles à la vie en société et à l’autodétermination. Une expérience de vivre ensemble où l’on nourrit la confiance en soi, aux autres et au monde.